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 Formation de l'acteur __________________________________________________________________

(Edition Payot)

Publié en 1936

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Résumé de la méhode Stanislavki

  • La mémoire affective
  • La sincérité de l’acteur
  • L’activité
  • L’imitation
  • La spontanéité de l’émotion

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Résumé de la méhode Stanislavki

Le soucis de Stanislavski était de répondre aux exigences des auteurs naturalistes tels que Anton Tchekhov (qui était son ami) et Maxime Gorki. Jouer "juste", jouer "vrai" est son obsession principale. Si sa vision du jeu de l'acteur continue 100 ans après sa création à influencer le théâtre et le cinéma d'aujourd'hui, c'est qu'elle se place absolument hors du temps. A une époque où l'interprétation des acteurs était exagérée, empesée et grandiloquente, en plein démarrage de l'ère industrielle ou le rationalisme et le mécanisme pèsent lourdement sur les pensées, Stanislavski nous propose un jeu fin, léger, sensible, profondément humain. Alors que la "raison" semble être la seule valeur reconnue par ses contemporains, Stanislavski tire le meilleur des travaux de Freud pour reconnaître l'importance des émotions et du subconscient. Il ne cherche pas à dominer ou à contrôler le subconscient. Il cherche à "danser" avec lui car "Seul le subconscient peut nous procurer l'inspiration dont nous avons besoin pour créer." Ses propos, incroyablement modernes, correspondent parfaitement à la vision du théâtre d'aujourd'hui, basé sur la sincérité du jeu et de l'émotion.

 

La mémoire affective

L'acteur ne construit pas son rôle avec la première chose qui lui tombe sous la main. Il choisit soigneusement, parmi ses souvenirs et ses propres expériences, les éléments les plus séduisants. Il tisse l'âme de son personnage de sentiments qui lui sont chers. L'artiste choisit le meilleur de lui-même pour le porter sur scène. On doit comprendre un rôle, sympathiser avec le personnage et se placer dans les mêmes conditions que lui afin d'agir comme il le ferait. C'est ainsi que naîtront chez l'acteur des sentiments qui seront analogues à ceux du personnage, mais qui n'appartiennent qu'à l'acteur. N'oubliez jamais que sur scène, vous restez un acteur. Ne vous éloignez pas de vous-même. Dès que vous perdrez ce contact avec vous-même, vous cessez de vivre réellement votre rôle et à votre place apparaîtra un personnage faux et ridiculement exagéré. Aussi nombreux que soient vos rôles, ne vous permettez jamais aucune exception à cette règle. L'enfreindre reviendrait à tuer votre personnage en le privant de l'âme vivante et réelle qui doit l'animer. Lorsque vous êtes en scène, jouez toujours votre propre personnage, vos propres sentiments. C'est la meilleure et la seule vraie source de création intérieure. Ne pas penser au sentiment en lui-même, mais vous appliquer à découvrir ce qui l'a provoqué et quelles sont les conditions qui avaient favorisé son apparition. Ne partez jamais du résultat. Il apparaîtra de lui-même en temps voulu, comme l'aboutissement logique de ce qui a eu lieu auparavant. Plus grande sera votre mémoire affective, plus riche sera votre matériel de création intérieur. Notre pouvoir de création dépend de la puissance, de l'acuité et de l'exactitude de notre mémoire. Si elle est faible, les sentiments qu'elle fera naître seront pâles et sans consistance. Si vous possédez un appareil émotif subtil et facile à déclencher, il vous sera facile de transposer cette expérience dans votre jeu et de reproduire une scène analogue. Vous n'aurez besoin d'avoir recours à aucune technique : la nature s'en chargera. Vous pourriez penser que l'idéal serait de savoir retenir et reproduire minutieusement des impressions ou des sentiments, de les revivre de la même façon qu'ils ont été éprouvés à l'origine. Si tel était le cas, que deviendrait notre système nerveux ? Comment pourrait-il supporter de revivre dans tous leurs détails des souvenirs atrocement pénibles ? La nature humaine n'y résisterait pas. Heureusement, les choses se passent différemment. Nos souvenirs affectifs ne sont pas une copie exacte de la réalité. Certains sont parfois plus intenses que le sentiment original, mais en général, ils sont beaucoup atténués. Parfois, certaines de ces impressions continuent de vivre en nous et à s'y développer, provoquant de nouveaux phénomènes, amenant de nouveaux détails. Le temps est un merveilleux artiste : il choisit parmi les souvenirs, il les épure et transforme en poésie jusqu'aux détails les plus pénibles et les plus réalistes. Nos émotions artistiques se cachent dans les profondeurs de notre être. Si elles ne viennent pas d'elles-mêmes à la surface, il vous sera impossible de les faire sortir de leur repaire. Il vous faudra trouver un piège, un "leurre" quelconque pour les attirer. Ces "excitants" doivent éveiller la mémoire affective. Il existe entre l'excitant et le sentiment un lien naturel et normal. Mieux vous le connaîtrez, mieux vous pourrez juger de la qualité de votre mémoire et mieux vous pourrez la développer. Il ne faut pas non plus négliger d'ajouter constamment de nouveaux éléments à votre "trésor". Pour cela, puisez sans cesse dans vos souvenirs, dans la littérature, l'art, la science, les musées, dans vos voyages, et surtout dans vos contacts avec les autres.

 

La sincérité de l’acteur

Les conditions de notre activité théâtrale, la publicité attachée à l'acteur, notre subordination au goût du public et le désir qui en résulte d'employer tous les moyens pour impressionner, tous ces stimulants professionnels s'emparent bien souvent de l'acteur, même lorsqu'il joue un rôle bien établi. Ils n'améliorent pas la qualité de son jeu, bien au contraire ils le poussent à s'exhiber et l'enferment dans ses clichés.

 

L’activité

Tout ce qui se passe sur scène doit avoir un but. Même si vous restez simplement assis, il doit y avoir une raison, un but précis, et pas seulement celui d'être en vue des spectateurs. On n'a pas le droit de rester assis sans raison sur scène. Il faut l'obtenir et ce n'est pas facile. L'essence de l'art ne réside pas dans ses formes extérieures mais dans son contenu spirituel. Lorsque vous êtes sur scène, soyez toujours en action, que ce soit physiquement ou spirituellement.

 

L’imitation

Pour reproduire des sentiments, vous devez être capables de les retrouver en faisant appel à votre propre expérience. A l'inverse, les acteurs qui pratiquent un jeu "mécanique" ne cherchent pas à éprouver les sentiments du personnage. Il y a des manières particulières de dire son rôle, des systèmes de diction et d'élocution (intonations exagérément hautes ou basses, aux moments critiques du rôle, "trémolo" et autres effets de voix). Il y a aussi les mouvements physiques, les gestes et les poses. Il y a des moyens d'imiter toutes sortes de gens et les différentes classes de la société (les paysans crachent par terre et se mouchent sur leur manche). D'autres peuvent servir à caractériser des époques (geste d'opéra du Moyen-Âge). Ces méthodes mécaniques toutes faites, on peut les acquérir facilement par un exercice constant, de sorte qu'elles deviennent une seconde nature. Le temps et l'habitude finissent par rendre les choses déformées et absurdes. Par ces méthodes, les acteurs mécaniques ont la prétention de reproduire les sentiments les plus compliqués et les plus élevés de leurs héros. D'après l'acteur "mécanique", l'objet du langage théâtral et des mouvements plastiques (par une douceur exagérée dans les mouvements lyriques, des sifflements de haine, de fausses larmes dans la voix,...) c'est de rehausser la voix, la diction et les gestes, de rendre les acteurs plus beaux et de donner plus de puissance à leurs effets. Malheureusement, les effets de théâtre remplacent l'expression vraie. Dans un rôle qui n'est pas encore solidement construit sur des sentiments, que chaque vide soit comblé par des clichés, voilà le danger. Et qui plus est, ces clichés risquent de devancer les sentiments, les empêchant de se manifester, même chez les acteurs de talent, capables de véritable création. L'artiste ne pourra jamais par là émouvoir le public, à cause de leur caractère standard et mécanique. C'est alors qu'il se réfugie dans ce qu'on appelle les "émotions théâtrales" : des sortes d'imitations artificielles de la forme extérieure et physique des sentiments.

Tout comme la mémoire visuelle peut reconstruire des images mentales à partir de choses visibles, la mémoire affective peut ressusciter des sentiments qu'on croyait oubliés jusqu'au jour où, par hasard, une pensée ou une chose les fait soudain resurgir avec plus ou moins d'intensité ou d'acuité. C'est bien connu que certains peintres sont doués d'une telle mémoire visuelle qu'ils sont capables de faire de mémoire le portrait d'un homme qu'ils n'ont pas vu depuis très longtemps. Certains musiciens peuvent transcrire entièrement de mémoire une symphonie qu'ils n'ont entendue qu'une fois. Les acteurs possèdent la même faculté de pouvoir fixer dans leur mémoire des impressions visuelles et auditives qu'ils pourront utiliser plus tard : un visage, une expression, une silhouette, une démarche, des manières, des gestes, une voix, des intonations... Aucune technique, même la plus perfectionnée, ne peut rivaliser avec la Nature. J'ai vu de nombreux acteurs, très célèbres pour leur technique, et aucun n'atteignait le sommet auquel peut prétendre l'intuition artistique lorsqu'elle est guidée par la nature. L'acteur doit donc, découvrir par des moyens naturels, les traits qu'il devra développer dans son personnage. De cette façon, l'âme de son personnage sera une synthèse d'éléments vivants et réels de sa propre nature. Il faut d'abord vous occuper de découvrir les moyens d'employer vos propres sentiments. Ensuite vous chercherez les différentes manières de créer un nombre infini de combinaisons de caractères, de sentiments, de passion, pour vos divers rôles.

 

La spontanéité de l’émotion

Comment retrouver le sentiment qui a traversé votre esprit, rapide comme une étoile filante ? S'il est resté près de la surface et revient à vous, vous pouvez remercier le ciel. Mais il ne faut pas vous attendre à retrouver toujours la même impression. Une autre, entièrement différente, peut apparaître à sa place. Sachez vous en contenter et n'en demandez pas plus. Lorsque les réactions de l'acteur sont plus fortes, l'inspiration peut apparaître. Mais ne perdez pas votre temps à poursuivre une inspiration qui vous a favorisé une fois par hasard. Vous ne la retrouverez pas plus que les jours passés. Rassemblez tous vos efforts pour créer une nouvelle inspiration. Il n'y a aucune raison de croire qu'elle sera moins bonne que celle d'hier. Peut-être ne sera-t-elle pas aussi brillante, mais au moins elle sera là. Elle aura surgi, tout naturellement, des profondeurs de votre âme pour faire jaillir en vous l'étincelle créative. Il est très tentant, bien sûr, d'introduire dans son jeu des sentiments inattendus, inconscients. C'est ce dont nous rêvons tous et c'est l'un des aspects les plus séduisants de la création artistique. Mais ce n'est pas une raison pour minimiser le rôle des sentiments répétés, provoqués par la mémoire affective. Souvenez-vous de notre principe fondamental : c'est à travers des phénomènes conscients que nous atteignons le subconscient.

 

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