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 American Psycho ________________________________________________________________________

  • Année de sortie : 2000
  • Durée : 1h35 minutes
  • Scénario : Mary Harron et Guinevere Turner, d'après le roman homonyme de Bret Easton Ellis
  • Musique : John Cale
  • Acteurs principaux : Christian Bale, Justin Theroux, Josh Lucas, Bill Sage, Chloe Sevigny, Reese Witherspoon, Samantha Mathis, Matt Ross, Jared Leto, Willen Dafoe, Cara Seymour.
  • Société de production : Warner Bros, Edward R. Pressman Film Corporation
  • Budget : 8 millions de dollars 

 

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Synopsis

À la fin des années 80, Patrick Bateman est un pur produit de la réussite états-uniennes et plus précisément de la ville de New-York. Jeune, riche, il est un de ces golden boys qui triomphent à la bourse. Comme tous ses collègues, il ne fréquente que les lieux à la mode et s’habille chez les plus grands couturiers. Il a une petite amie, Evelyn, ce qui ne l’empêche pas de s’offrir secrètement des aventures supplémentaires, notamment avec la meilleure amie de sa petite amie, Courtney Rawlinson ou encore avec des prostituées. Son vœu le plus cher est de trouver sa place au milieu de ceux auxquels il s’identifie. Patrick Bateman à l’air d’être un individu ordinaire mais derrière sa façade de mode, il est en proie à des pulsions meurtrières incontrôlables. Ne ressentant aucune émotion perceptible, il est capable de massacrer à la hache l’un de ses confrères arborant une plus belle carte de visite que la sienne ou de poignarder le premier clochard venu.

 

Bande-Annonce

 

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Analyse : une intégration par duplicité

American psycho dépeint un comportement masculin monstrueux qu’est Patrick Bateman interprété par Christian Bale. Le protagoniste est à la recherche de son identité. Son odyssée est obsédante, ambitieuse mais en pleine décroissance et il finit par perdre le contrôle de ses pulsions effroyables qui se caractérisent par une métamorphose en serial killer.

American psycho débute sur un fond monochromatique immaculé. Cette couleur est omniprésente durant le générique inaugural plongeant le spectateur dans une diégèse ou règne le soin obsessionnel du détail, de l'ordre et de la propreté. Cette maniaquerie s’accentue avec l’arrivée simultanée de la musique et d'une succession de grosses gouttes sanguinolentes qui contraste magnifiquement avec l’arrière plan blanc, faisant figure de tentation, et concordant synchroniquement avec le rythme de la mélodie. L’association des gouttelettes chutant une par une et le mouvement monophonique de ce début de musique est parfaite. La musique reproduit hyperboliquement non pas l’atterrissage du liquide rouge mais, son passage devant le cadre.

L’exagération musicale du passage des gouttes et leurs forme plonge le spectateur  dans un monde superficiel et superflu. Après le passage de ces gouttes, d’autres instruments musicaux, amorcés par le passage d’une autre goutte, viennent se marier avec la mélodie du début avec un rythme plus rapide. Au moment où les gouttes s’aplatient sur le fond blanc, le titre du film apparaît informant que le milieu du protagoniste dans lequel il évolue est superficiel, vide et sans profondeur.

Là encore, l’association entre les images et la bande son reste fidèle et synchrone. Lorsque le violon se fait entendre avec un riff valsant, un écoulement d’hémoglobines dessinant des ondulations uniformes apparaît renforçant cette idée de perfection et de maniaquerie. Le mouvement de cette symphonie est une composition digne d’une musique classique et nous immerge dans un environnement bourgeois et privilégié.

Le film entre discrètement dans une préparation culinaire tentatrice à cause du contraste chromatique : le rouge et le blanc qui ont un grand pouvoir d'attraction. L’ouverture du film nous plonge dans un restaurant luxueux. Ce plat est préparé avec rigueur. Rien n’est laissé au hasard, la nourriture, ses ornements comestibles et leur disposition dans les assiettes sont servis à une clientèle aisée respirant la béatitude et l‘oisiveté. La description des menus par les serveurs est très détaillée. exemple : « les pâtes sont des raviolis de calmar dans un bouillon de citronnelle accompagné de profiteroles au chèvre et de la salade d’arugula ».  Beaucoup d'ornements dans ces plats pour une clientèle obsédée par les apparences.

 

L’appartement de Patrick Bateman reflète son individualité. Tout d’abord, le couloir qui mène à son salon est tapissé par une série de monochromes noirs disposés uniformément indiquant que Patrick est psychologiquement habité par le vide.

Les murs sont d’une blancheur et d’une propreté inégalable. Aucune émotion, aucune couleur supplémentaire ne vient perturber cette virginité, ce vide, dénotant une intensité effrayante et une superficialité plus approfondit que celle de son entourage faste et matérialiste. Les biens meubles ont les même caractéristiques que les murs et les monochromes. En voyant l’ordre et le rangement de son domicile, de la maniaquerie émane de cet individu. À droite du salon, sur le mur, se trouve un tableau noir et blanc représentant morphologiquement un bonhomme disproportionné et n’ayant pas de trait de caractère. Le vide est encore souligné dans cette œuvre, Patrick Bateman n’a pas l’impression d’avoir un moi intérieur. Dans le film, il se caractérise comme une sorte d’abstraction comme le bonhomme du tableau. On remarque aussi, dans son appartement, qu’il n’y a aucun élément personnel, aucune photographie de ses proches ou de lui-même. Il n’existe pas, il reflète l’absence de vie, la solitude. On peut voir sur la petite table, ce qui façonne son apparence et qui se résume à des images de magasine, des spots publicitaires pour se forger une fausse personnalité, une duplicité. Seul le nec plus ultra est digne de lui et il s’applique à ne retrouver que des symboles lui renvoyant une image de succès. Dans un coin, il y a une enceinte acoustique. Il aime l’art de la musique, l’organisation et la précision du rythme. À l’autre bout, en face des fenêtre, il y a un télescope qui fait, là encore, une référence au vide quand on observe l’espace sidéral car c’est si vaste et si sombre. Il a l’impression d’être seul au monde et par conséquent, souhaite s’intégrer.

Patrick Bateman, habité par le vide, ne ressentant aucune émotion perceptible si ce n‘est l‘avidité, souhaite s’intégrer pour lutter contre cette privation et être reconnu. Lorsqu’il se présente dans le film, il affirme qu’il prend grand soin de lui en mangeant léger et en faisant de l’exercice chaque jour. Il affirme aussi, en prenant sa douche, qu’il applique toute sorte de produits d’hygiène sur sa peau, pour le corps et le visage. Il semble incarner l’homme idéal comme dans une publicité de Calvin Klein et accumule, avec une obsession maladive, les vêtements de grandes marques comme Valentino ou Jean Paul Gautier. Il se muscle, fait attention à sa coupe de cheveux et se soucie même, hypocritement, de son pays, en déclarant lors d’une conversation avec ses confrères, qu’il faut ralentir l’armement nucléaire, empêcher le terrorisme et la faim dans le monde, fournir un toit aux sans abris ou encore, lutter contre la discrimination. Il veut ressembler à son entourage et de ce fait, s’invente une personnalité dans chaque situation, il a un comportement totalement aléatoire. Par exemple, à l’aide d’une caméra vidéo, il se met en scène lorsqu’il fait des acrobaties avec deux prostitués jouant le rôle d’un acteur porno.

De plus, il se regarde dans un miroir pendant cette orgie, contractant ses biceps, admirant sa musculature. Patrick est obsédé par son apparence pour s’intégrer et être reconnu par son entourage.

Patrick, poussé par son avidité d’être reconnu, d’acquérir un équilibre, de ne plus être personne, son intégration devient antinomique et réversible. À force de s’intégrer, il finit par ressembler à son entourage et par être confondu avec d’autres individus de son milieu. Il perd donc son individualité. Par exemple, Durant le film, Paul Allen, un de ses collègues, vient discuter avec lui mais, celui-ci le confond avec Marcus Halberstram. Marcus et Patrick travaillent dans la même entreprise et ont la même fonction, ils ont aussi un sérieux penchant pour les costumes Valentino et les lunettes Oliver Peoples et vont chez le même coiffeur. Il arrive la même chose lorsqu’il se rend à son bureau, il se trimballe, walkman en poche, avec de la musique dans les oreilles pour ne plus écouter les salutations vagues et confuses de ses camarades, et pouvoir sortir du lot et être reconnu. De plus, peu avant la fin de son interrogatoire sur la disparition de Paul Allen, le détective Kimball lui montre son dernier achat musical et lui demande s’il connaît et apprécie ce groupe de musique. Bateman affirme avec mythomanie, ne pas aimer ni, connaître ce genre et ce groupe de musique alors que dans les scènes précédentes, il écoutait et faisait l’éloge de cette musique. Ainsi, pour sortir du lot, il nie même ce qu’il apprécie.

 

Pour conclure, à cause de son entourage faste, Patrick Bateman perd son individualité. Voulant sans cesse être reconnu à cause de son vide intérieur, il joue sur les apparences mais finit par devenir un individu invisible et jaloux à force de ressembler à son entourage. En fait, son intégration ne sert strictement à rien. Du coup, Son inhabitation s’amplifie et sa santé mentale bascule. La jalousie provoquant l'indignation, il s’éveille et tue quand il en a l’opportunité. Comme il n’a pas de reconnaissance, sa perte d’individualité à ses vertues, elle lui permet d’échapper à la police. A la fin du film, Patrick avoue qu’il n’a pas de moi intérieur mais, ignore que c’est sa vraie personnalité.

 

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Secrets de tournage

Le film de Mary Harron a été présenté dans la Sélection officielle du Festival de Berlin 2000. Le tournage s'est déroulé à New York et Toronto. Parmi les choix initiaux, la production avait opté pour Leonardo DiCaprio suivi de Edward Norton pour le rôle de Patrick Bateman, James Woods pour celui de Donald Kimball et Cameron Diaz en tant qu'Evelyn Williams. Dans la première saison de Dexter, Dexter utilise le pseudonyme de Patrick Bateman pour se procurer du M99, un puissant paralysant.

 

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