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Art/Cinematographie/Théorie d'Eric Rohmer

 

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 Théorie d'Eric Rohmer ________________________________________________________________

"Lettre à un critique" à propos des Contes moraux (série de 6 films entre 1962 et 1972)

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Résumé

Mon cinéma, dîtes-vous, est littéraire ? Oui, dans mes contes, il y a un propos littéraire, une trame romanesque établie d’avance qui est matière à développement écrit, un commentaire. Mais, ni ce texte, ni celui des dialogues ne sont mon film. Ils sont choses que je filme, au même titre que les paysages, les visages, les démarches, les gestes. La parole tout comme l’image fait partie de cette vie que je filme. Je montre des gens qui agissent et parlent. Je filme les histoires que j’ai mal écrites. Le cinéma, moyen de recréation, de reproduction et de représentation de la vie, me fait découvrir la vraie vie et donc, quand je filme, j’arrache la vie pour étoffer mon argument par des choix naturels et anthropiques que je retiens en captivité dans mes filets sans altérer leurs forces vives : c’est l’essentiel de mon attention. Je trouve mes sujets dans mon imagination alors que logiquement, je devrais les trouver dans la vie. Comme un chimiste, j’opère une combinaison des éléments pour inventer une nouvelle molécule. Mes contes sont conçus à la manière de 6 variations symphoniques. Comme le musicien, je varie le motif initial, ralenti ou accéléré, allongé ou rétréci, étoffé ou épuré. Je bâtis mes situations et mes dénouements jusqu’au caractère de mes personnages pour présenter différents types d’humains selon des limites que je m’impose préalablement. En tournant mes contes, je pensais que je pourrais montrer des choses, des sentiments, des intentions, des idées, qui n’avaient reçu d’éclairage que littéraire. Dans mes 3 premiers contes, j’ai triché en utilisant le commentaire qui contenait l’essentiel de mon propos, reléguant l’image au rôle d’illustratrice. Cependant, je ne triche pas si la confrontation de ce discours avec les images fait naître une vérité tout autre. La voix off ne se situe jamais au même temps de l’action narrée pour ne pas lui ôter sa singularité, son charme iconographique et le mystère de mes personnages. En revanche, dans « Ma nuit chez Maud », le protagoniste se confie longuement. Quand à « Le genou de Claire », le protagoniste se présente dans sa version romancée sous le cheminement de sa propre pensée. Il n’y a donc plus de voix off et donc, une impossibilité de jouer sur le décalage entre le temps de l’action et celui de la pensée. Ce commentaire, au lieu d’être superposé à l’image plate, est juxtaposé. Les faits sont d’abord présentés directement et objectivement en laissant tout ignorer des pensées du personnage puis elles se déploient lors d’une conversation en parlant de choses qui ont besoin d’être montrées comme les sensations et les émotions pour plus d’intelligibilité.

 

La télévision est plus intime que le cinéma

Seul devant son poste de télé, on se sent moins isolé du monde que devant l’écran de cinéma et sa foule anonyme. Il est plus dur de pénétrer dans l’univers illusoire présenté, on est devant l’écran comme au théâtre et non à l’intérieur de ce dernier. Le poste de télé accorde une sensibilité individuelle alors que la salle de cinéma accorde une conscience collective.

 

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