Histoiredumonde/Habitatpréhistorique

Histoire du monde >> Histoire de l'habitat préhistorique                                                                                                   

                                                                                                                                                     

 Histoire de l'habitat préhistorique ______________________________________________

Un habitat est une zone plus ou moins étendue où les hommes (et les animaux) se réfugient pour dormir, travailler ou tout simplement se protéger des intempéries et de la faune. On parle même plus souvent d'habitation. Cet habitat peut être provisoire (une journée) ou plus long (une saison).

Que ce soit Toumaï, Orrorin ou les lignées d'australopithèques on peut supposer que ceux-ci se reposaient et se protégeaient tout simplement en grimpant dans un arbre. Il n'était pas question pour eux de construire une quelconque structure (à part peut-être des nids de branchages et de feuilles comme le font encore certains primates aujourd'hui). Les ancêtres de la lignée humaine comme Homo habilis ou Homo erectus étaient des cueilleurs-chasseurs nomades. Suivant les saisons et la nourriture disponibles, ils pouvaient parfois s'installer pour quelques jours ou quelques heures dans un lieu. Ils privilégiaient des lieux proches de l'eau (lac ou rivière). Mais après avoir épuisé les ressources sur place ils se déployaient vers un autre lieu. Les traces qu'ils ont laissées sont donc des habitats provisoires sur lesquels on peut retrouver des déchets de nourritures, ou des éclats de pierre. Les structures "aériennes" (toiture, peaux, branches...) ne peuvent être retrouvées car elles ont disparu. Cet habitat pouvait être de deux sortes, soit en plein air, soit sous abri. Ces différents types d'occupation varient suivant le climat et le relief des lieux. En Afrique orientale (Olduvai par exemple) l'absence de grottes et d'abri sous roche a privilégié les campements de plein air. Dans les régions où il existait des abris rocheux les hominidés ont bien sûr profité de ses protections naturelles. Les traces laissées se résument à des vestiges osseux de dépeçage d'animaux, de pierres plus ou moins agencées (parfois en demi-cercles), de pavage, de trous de poteaux... Les hominidés ont profité de la typologie des lieux, de la faune, des conditions météorologiques. A chaque fois, ils se sont adaptés et ont créé un type d'habitat qui reste parfois très typé et régional. Au paléolithique inférieur, de nombreux sites présentent les traces d'une installation d'hominidés sur une durée plus ou moins longue. On y retrouve généralement des outils, des ossements d'animaux, des galets... Parfois des marques de feu sur des galets brûlés permettent d'identifier un campement. Pour les plus anciens on peut citer :

  • Olduvai (Tanzanie, 1.8 millions d'années)
  • Melka-Kunturé ou Bodo (Ethiopie, entre 1.7 et 0.3 millions d'années)
  • Koobi Fora au Kenya présente (1.8 millions d'années)

Le plus ancien site présentant une surface d'habitat construite se trouve dans le bassin du lac Turkana au Kenya. Découvert par Kay Behrensmeyer en 1969, il a été répertorié sous le code KBS. Daté de 2,5 millions d‘années, il présente des ossements brisés d'animaux (poissons, gros herbivores..) ainsi que des restes de taille de chopper. Uniquement constitué d'une zone de "travail", ce bivouac provisoire ne présente aucune trace de recherche de protection de la part des hominidés.

 

 

La Caune de l'Arago

Site préhistorique qui se trouve sur la commune de Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, dans une vaste cavité surplombant un cours d’eau pérenne, le Verdouble. La grotte est située à 20km de Perpignan et à une cinquantaine de km de la chaîne des Pyrénées. Elle surplombe de plus de 80m la Plaine de Tautavel. En catalan "grotte" se dit Caune.

Sa position permettait à ses visiteurs d'avoir un point de vue stratégique sur l'ensemble de la vallée. La rivière, le Verdouble, qui passe en contre-bas devait également être un point où de nombreux animaux venaient s'abreuver... Nos chasseurs du Paléolithique avaient donc choisi un abri accueillant, à proximité d'un point d'eau et idéal pour voir venir les troupeaux.

Vue sur la plaine de Tautavel

Dès 1838 la Caune de l'Arago fût étudiée par Marcel de Serras qui y identifia la faune. En 1948 les recherches de Jean Abélanet permettent de mettre à jour une industrie lithique datant du paléolithique. En 1963 Henry de Lumley visite le site. Devant l'importance des lieux, il décide d'entreprendre des fouilles méthodiques. Pendant 7 ans, des équipes de chercheurs internationaux vont se succéder dans la grotte. En 1971 la découverte d'un crâne humain daté de 450 000 ans va donner à la région une dimension internationale : l'Homme de Tautavel était né. De type karstique, c'est au Tertiaire que la cavité a été creusée naturellement dans le calcaire par les infiltrations d'eau. A l'origine la grotte devait mesurer une cinquantaine de mètres de longueur. Au fur et à mesure du temps cette profonde cavité s'est remplie sous l'action alternative du vent et de l'eau. Les vents apportaient des sédiments mais également du sable qui a formé les couches de remplissage les plus épaisses. Les eaux s'infiltrant par les fissures du plafond, ou ruisselant par le porche d'entrée, ont charrié de la boue formant des couches argileuses. Cette alternance de couches sableuses et de couches argileuses a rendu la stratigraphie visible.

La Caune de l'Arago a été remplie de plus de 15m de sédiments, roches et débris pendant une période s'étalant de 100 000 à 700 000 ans. La quantité (la période de fouilles de 1967 à 1994 a livré environ 260 000 objets : ossements, pierres, industries lithiques) et la richesse de ces vestiges donnent de nombreuses informations sur les Hommes préhistoriques qui ont vécu là, mais aussi sur les animaux et les plantes, ainsi que les climats qui se sont succédé dans la région pendant ces 600 000 ans. La faune a permis de mettre en lumière le mode de vie des hommes pendant les nombreuses occupations successives de la grotte. Dans certaines couches, la densité et l'accumulation d'ossements retrouvés permettent d'affirmer que les animaux étaient découpés ou consommés sur place. Homo erectus pratiquait le charognage et la chasse dans la plaine et remontait son butin dans les hauteurs de la grotte. Les différentes couches stratigraphiques ont délivré des ossements d'herbivores (Bouquetin, Cerf, Mouflon, Thar, Daim, Bœuf musqué, Bison, Cerf, Renne, Eléphant, Cheval et Rhinocéros) mais aussi de carnivores (Ours, Loup...). Les stries de découpes sur les os et la fracture des os longs pour en retirer la moelle montrent que tous les animaux ont été consommés. C’est plus de 80 restes humains qui ont été découverts depuis le lancement du chantier. Ces ossements sont toujours associés à des restes d'animaux. L'industrie lithique est très riche en quantité et plutôt de type archaïque. De grosses pierres mises à jour devaient servir d'enclume et en portent encore les traces. Si beaucoup de choppers ont été découverts, on a dénombré peu de bifaces et quelques hachereaux, des racloirs et de nombreux outils à encoches (denticulés, encoches, pointes de Tayac, becs, etc.). L'analyse des roches permet de déterminer que 80 à 90% de l'outillage de la grotte provient du Verdouble, en contrebas. Le reste des outils provenant de régions situées entre 15 et 30 kilomètres de Tautavel montre que les hominidés se déplaçaient plus qu'on ne l'imagine. Leur territoire de chasse était donc relativement important. La rivière proche, jamais à sec, fournissait l'eau, mais aussi des galets pour empierrer le sol de la grotte ou servir d'outils. L'environnement plus lointain, à moins d'une demi-journée de marche (soit environ 30 km), pouvait fournir d'autres pierres afin de fabriquer des outils : du silex (à Roquefort-des-Corbières), du jaspe rouge (à Corneilla-de-Conflent), des chailles (à Rivesaltes), des quartzites (à Soulatgé), des roches volcaniques (col de Couisse).

La Caune de l'Arago est toujours un chantier de fouilles. Tous les étés des équipes de fouilleurs déblaient patiemment les couches stratigraphiques. Il n'y a donc pas à proprement parler de visite organisée : les chercheurs sont au travail. Il est toutefois possible, en période estivale,de se joindre à un groupe de visiteurs. Vous pourrez alors accéder au chantier et poser quelques questions aux fouilleurs. La Caune de l'Arago est classée monument historique en 1965.

 

 

Premier habitat protégé

Découvert lors de travaux de terrassement en 1966, Terra-Amata a été fouillé par une équipe conduite par Henry de Lumley lors d'une des premières fouilles de sauvetage organisées. Selon H. de Lumley, les niveaux archéologiques correspondent à plusieurs sols d’habitats superposés de l’Acheuléen sur une plage fossile. Terra-Amata a dévoilé les plus vieilles "cabanes" connues, datées de 380 000ans. Situées sur les pentes du mont Boron à Nice, c'est Homo erectus qui a construit la vingtaine d'habitats présents. Chaque cabane pouvait abriter entre quinze et vingt hominidés. On retrouve généralement un foyer installé dans son centre. C’est d’ailleurs l’un des plus anciens foyer d’Europe. La répartition des vestiges archéologiques et des éléments naturels traduirait la présence de huttes aménagées sur la plage. Certains indices, mis en évidence lors de la fouille, autorisent à penser que des huttes en matériaux périssables ont été construites par les hommes pour se protéger. Ces structures ont pu être identifiées par la présence d’empreintes de piquets et de poteaux et par des lignes de pierres. Elles sont également soulignées par la répartition de l’outillage et des déchets culinaires qui jonchaient le sol de l’aire d’habitation. Les huttes, toujours ovales, pouvaient mesurer de 7 à 15m de longueur sur 4 à 6m de largeur.

 

Il ne semble pas qu’il y ait eu sur ce site des campements de longue durée. Les hommes paraissent s’être installés périodiquement dans la petite crique de Terra Amata, à la fin du printemps ou au début de l’automne. Par ailleurs, le gisement de Terra Amata a livré des foyers aménagés qui témoignent des prémices de la domestication du feu par l’homme. Ces foyers étaient situés au centre des huttes. Leur aménagement s’effectuait soit par un dallage préalable du sol avec des galets, soit par le creusement de fosses de 30 à 50cm de diamètre et de 15cm de profondeur. Chaque foyer présentait du côté nord-ouest une petite murette, constituée de pierres ou de galets, probablement destinée à protéger le feu des courants d’air et particulièrement des vents du nord-ouest, encore dominants à notre époque. Ces foyers étaient de dimension restreinte. Dans les niveaux de la plage, des traces de combustion se limitaient à des cendres et des charbons de bois sans qu’il soit possible d’y déceler de véritables foyers organisés.

Reconstitution du foyer de Terra Amata : à gauche un muret de galet, à droite un tas de cendres fossilisées

 

L’industrie lithique mise au jour, en calcaire silicifié et en silex, se subdivise en deux séries :

  • l’industrie de la « plage », marquée par l’emploi préférentiel de galets comme supports d’outils. Ces outils comportent de nombreux galets taillés, quelques bifaces partiels atypiques et des pics triédriques unifaces à base réservée, dits depuis « pics de Terra-Amata » ;
  • l’industrie de la « dune », au petit outillage sur éclat plus abondant (racloirs, denticulés, etc.).

Selon H. de Lumley, les deux séries présentent malgré tout de nombreuses analogies et sont présentées globalement. Une partie des dépôts a été préservée afin d'être présentée dans le cadre d'un musée de site, le Musée de paléontologie humaine de Terra-Amata.

Reconstitution du site de Terra Amata il y a 400 000 ans (dessin copyright Wilson)

 

 

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