Histoiredumonde/Universmarchand

                                                                                                                                            

 

Histoire de l'univers marchand

Une vieille acception du mot commerce renvoie aux notions de communication et de relation avec autrui. Ce sens fait appel à une réalité où les rapports humains et l’économie étaient conditionnés par la proximité géographique. Dans une acception moderne, le commerce est l’activité d’échange de biens et de services sur un marché. Il couvre l’ensemble des transactions entre individus, entre organisations ou entre individus et organisation.

 

Origine du commerce

Coopératives et succursalistes de consommation

Coopératives de consommation

10 ans avant Rochdale

Succursalistes de consommation

Naissance du 1er grand magasin

Naissance du magasin libre service

Naissance du supermarché

Naissance de l’hypermarché

Galerie marchande

Chaîne de magasin

Walmartisation

Achat en gros

Commerce de détail

 

Origine du commerce

Le commerce est l’une des plus anciennes inventions de l’humanité avec l’apparition de l’agriculture durant le néolithique (9000 avt JC) par les sumériens. Certains préhistoriens le considèrent comme étant à l’origine de la civilisation. Au début, l’agriculture qui se pratiquait, était une agriculture de subsistance car les récoltes obtenues étaient juste suffisante pour la population. Mais à mesure que les développements technologiques furent appliqués comme la force animale ou l’utilisation d’engrais, les cultures obtenues augmentaient. Ainsi, les récoltes dépassaient le seuil de subsistance et il n’était plus nécessaire que l’ensemble de la société se consacre à l’agriculture permettant ainsi à une partie de la population de se spécialiser dans d’autres domaines tels que le travail du fer et la poterie. C’est durant le néolithique que l’écriture semble avoir été inventée, il y a 3 300 avt JC par les commerçants pour permettre leur comptabilité (3 600 avt JC). Le commerce a débuté sous forme de troc : opération économique ou l ‘on cède la propriété d’un bien par un autre (échange de compensation). Le troc a été le seul mode d’échange de nombreuses économies anciennes comme celle de l’Egypte des Pharaons ou des peuples amérindiens. Le faible nombre de productions conduisaient les agents économiques à connaître par cœur les rapports d’échanges entre eux. Le troc a précédé l’échange monétaire qui l’a supplanté dans les sociétés modernes. L’or et l’argent se sont imposés peu à peu comme monnaies communes, du fait de leurs caractéristiques telles que la rareté, la malléabilité ou la résistance à l’usure. La création de la monnaie et l’évolution des moyens de transport et de communication ont facilité les échanges entre personnes, entre localités et entre pays. Néanmoins, le troc n’a jamais disparu (troc à dimension sociale), ni dans le commerce intérieur et encore moins dans les échanges internationaux, lorsqu’un pays ne dispose pas d’une devise convertible. Dans les périodes de pénuries, de guerres ou occupations, le troc redevient un mode d’échange récurrent.

 

Coopératives et succursalistes de consommation

Ces 2 systèmes ont été développés en utilisant le principe d’achat en gros à partir d’un entrepôt central distribuant la marchandise. Alexandre Balthazar Laurent Grimod, gastronome et commerçant, imagine le principe d’achat direct au producteur, le principe de chaîne de magasin et de vente à prix fixé de biens variés : épicerie, droguerie, parfumerie avec quelques denrées exotiques et fabrique de broderie.

Alexandre Balthazar Laurent Grimod de La Reynière (1758-1838)

Il devient négociant en ouvrant à Lyon le commerce (1817-1892) « Grimod et Compagnie », sorte de bazar. Il étend ses activités à d’autres villes françaises en ouvrant d’autres établissements. Cependant, c’est avec la désinvolture et la défaillance de son associé (son père) que s’ajoute un manque de rigueur dans la gestion. Grimod est contraint d’abandonner son commerce.

Logo "Grimod et Compagnie"

Coopératives de consommation

La doctrine prévalant depuis la révolution est le libéralisme, exprimée par Adam Smith et suivie par de nombreux économistes au 197me siècle. C’est en réaction à cette doctrine que s’élaborent des expérimentations coopératives et les doctrines socialistes dont Proudhon et Marx. En 1895, un puissant mouvement syndicaliste révolutionnaire se développe : la Confédération générale du travail (CGT). Notons que depuis 1870, la condition ouvrière s’est notablement améliorée. La législation sociale a beaucoup progressé : repos hebdomadaire, loi sur les accidents du travail, etc…en 1912, naît la Fédération Nationale des Coopératives de Consommateurs sous l’impulsion de Jean Jaurès : un regroupement de consommateurs en vue d’acheter en gros des biens de consommation. Basée sur le mutualisme, chaque sociétaire est solidaire. Son développement a amené ces sociétés, détenues et dirigées démocratiquement, à développer des réseaux de magasins et parfois, d’intégrer une production industrielle. La coopérative de consommation a pour finalité d’établir le juste prix et de faire régner la justice dans l’ordre économique et de mieux nourrir les plus démunis. Une tradition coopérative a déjà existé avant la Révolution française à l’exemple des « Fruitières » du Jura. Depuis le 13ème siècle, les éleveurs apportaient leur lait à la « Fruitières » et assuraient la fabrication du fromage et se partageaient les bénéfices de la vente. Toutefois, il faut attendre les 18ème siècle pour que la coopérative soit conceptualisée et exprime une nouvelle forme d’organisation sociale et une conception différente du travail. Ainsi, Robert Owen concrétise cette doctrine nouvelle en prenant la direction d'une entreprise de filature de coton en 1791 où il a pu démontrer qu’il n’y avait pas incompatibilité entre l’amélioration des conditions de vie et du travail et la hausse de la productivité.

Robert Owen (1771-1858)

Dans les années 1840, les tisserands de Rochdale (Manchester), réclament en vain des hausses de salaires. Ils constatent que leur niveau de vie est dépendant des manufacturiers qui décident des salaires et des commerçants qui fixent le prix de vente de leurs produits. En 1844, 28 tisserands se rassemblent pour fonder une association, la société des " Equitables Pionniers de Rochdale " et ouvrent un magasin coopératif. But : garantir à la clientèle des prix raisonnables et une bonne qualité des produits. La société croît rapidement et atteint 390 membres en 1849 et plus de 10 000 en 1880. Les règles qui régissent son fonctionnement vont rapidement devenir un modèle pour le mouvement coopérateur et sont toujours en vigueur aujourd’hui. 4 règles fondamentales.

  • -La porte ouverte : toute personne souhaitant devenir sociétaire (acheter des actions) en est parfaitement libre, il n’y a pas de conditions d’adhésion (la société est ni opéable et ni cessible).
  • -Un homme=une voix : lors des assemblées générales, la répartition des bénéfices entre les membres de la société.
  • -Rémunération limitée : les sociétaires touchent par an, un intérêt proportionnel à leur nombre d’actions et non aux bénéfices. S’ils veulent toucher une part plus importante du bénéfice, ils ont intérêt à vendre beaucoup plutôt que d’acheter beaucoup d’actions.

Au-delà, ils entendaient acheter des maisons pour leurs membres, acheter et louer des terres. Ils créèrent leur propre banque, leur propre compagnie d’assurance, des écoles, des bibliothèques. Bien que n’étant pas la 1ère expérimentation, les « Equitables Pionniers de Rochdale » demeure dans l’histoire de la coopération, le meilleur exemple de réussite durable. L’idée s’est répandue à travers le monde. On compte aujourd’hui plus de 700 millions de coopérateurs dans 100 pays; EN 1895, l’Alliance Coopérative Internationale est établie en vue de favoriser le développement de la coopération dans le monde entier.

Site officiel Alliance Coopérative Internationale

 

10 ans avant Rochdale

Michel-Marie Derrion est entre 1835 et 1838 l’initiateur de la 1ère coopérative de consommation à Lyon ou première « vente sociale d’épicerie ». Cette primo-coopérative, dix ans avant l’initiative des tisserands anglais de Rochdale, visait l’élimination des intermédiaires interposés entre la production et la consommation. Il s’agit bien d’expropriation, cependant les coopérateurs ne disent pas aux capitalistes « nous allons prendre vos capitaux », mais plutôt : « gardez-les, nous en ferons d’autres qui nous dispenseront de recourir aux vôtres ». La visée de l’économie sociale qu’inaugurent Derrion est l’indépendance, c’est-à-dire la fin du travail pour le compte d’un maître, et un droit de propriété réel. Une conquête pacifique, sans confiscation violente ni sang versé ; Derrion est persuadé qu’après les terribles répressions des années 1831 et 1834 (révoltes des Canuts lyonnais), il fallait pour le mouvement ouvrier construire ses propres institutions, dans l’autonomie. Ouvert aux idées nouvelles, Derrion met en application les principes d’une autre organisation du commerce à Lyon : ville inspiratrice et source de la pensée de Fourier. C’est aussi la ville où la misère de la classe ouvrière est la plus effroyable (sous l’Empire le pain y coûtera jusqu’à 10 sous le kg tandis que le salaire journalier ne dépasse guère 15 sous) et où abondent les réformateurs et de théosophes de toutes sortes. Il s’agit de passer à la pratique et à la mise en œuvre d’une entreprise « d’harmonisation de tous les intérêts », de « libres égaux ». La cible du combat de Derrion : le commerce, qui fausse les relations avec l’industrie et le consommateur travailleur. Fourier lui aussi fait des commerçants la classe parasite par excellence qui cause la plupart des maux de la société industrielle. Il s’agit selon Derrion de « conquérir pacifiquement le commerce et l’industrie ». Il faut faire coopérer ensemble toutes les classes. L’épicerie coopérative que Derrion et Joseph Reynier créent a pour vocation de mettre fin a « la concurrence malfaisante et oppressive » au laissez faire que favorise le développement d’une classe commerçante oisive et parasite. Il s’agit de se rendre maître de la distribution pour se détourner des pratiques commerciales que Fourier dénonce comme frauduleuses, sources de spéculation, d’agiotage et même de dégradation de la qualité des marchandises. Le principe de cette épicerie sociale, dont l’enseigne « Au commerce véridique », vise à limiter la concurrence malfaisante et génératrice d’effets pervers : baisse des salaires, baisse de la qualité des produits, misère des consommateurs. Fourier est le géniteur imaginatif de cette expression « commerce véridique ». Fourier dénonce dans Le Nouveau Monde industriel la croissance exponentielle de cette classe de commerçants improductive et parasite. Gaspillages et surproduction sont les calamités du commerce qui ne peuvent plus satisfaire les besoins réels. La cupidité des marchands pousse à exporter quatre fois plus de denrées que n’en absorbe la consommation : 100 millions d’étoffes pour vêtir 20 millions d’habitants, dit Fourier. Le commerce en développement est a contresens des besoins et du bien-être des peuples. Fourier repère deux tendances contradictoires dans cette généralisation et amplification des échanges : développer les échanges et en même temps priver les marchés des produits de 1ère nécessite. Cette organisation provoque aussi l’abandon les productions locales au profit d’une importation de produits de marchés lointains. Ne plus s’approvisionner sur les marches locaux c’est favoriser selon Fourier le parasitisme commercial. On aboutit ainsi à ce paradoxe du mécanisme civilisé : générer la pauvreté. L’analyse est encore très juste aujourd’hui, surtout dans les pays mondialisés : produire pour le commerce international et ne plus pouvoir assurer la production vivrière, c’est-à-dire les produits de première nécessité. Le Brésil est exportateur de céréales et continue d’abriter une masse de pauvres souffrant de malnutrition. La Thaïlande exporte du manioc et souffre aussi de ce mal endémique : la carence alimentaire. Fourier aurait encore aujourd’hui confirmation de ses thèses sur le parasitisme du commerce mondial. Il pourrait faire ce constat amer que ce qu’il déplorait au début du XIXe siècle n’a cessé de s’aggraver : le développement exponentiel du commerce et la persistance de la pauvreté. On exporte ce qui est produit en monoculture et on importe ce qui est nécessaire. Dans une optique fouriériste l’aberration du commerce mondial est encore avèrée, avec la dégradation de la qualité des produits et l’accroissement de la longueur des circuits économiques. Dans les pays industriels, la nourriture a parcouru des milliers de kilomètres avant d’arriver dans nos assiettes. Fourier serait scandalisé de l’état de la planète, lui qui déplorait déjà les destructions « écologiques » de son époque. Aujourd’hui des embryons d’épicerie coopérative voient le jour tissant un lien direct entre producteurs et consommateurs. Le but est de court-circuiter l’intermédiaire, mais surtout de privilégier une nourriture de qualité essentiellement « biologique ». Elles n’ont pas conservé cette volonté de constituer des fonds sociaux comme dans l’expérience de Lyon, mais elles prennent en compte cette nécessite de relocaliser l’agriculture, anticipant la fin du pétrole a bon marché.

L’épicerie de Derrion contrôlait démocratiquement les opérations de commerce et assurait l’approvisionnement de produits de qualité aux ouvriers. Sept magasins sont ouverts : épicerie, charcuterie, boulangerie... Ces entreprises sont bénéficiaires (bénéfices redistribués pour la solidarité : retraite, chômage et éducation), mais elles ne durent que trois années, mises à mal par la crise économique qui sévit entre 1836 et 1837.

Document annexe

 

Succursalistes de consommation

Félix Potin ouvre son 1er magasin, une supérette, en 1844 à Paris. Il applique 4 principes qui seront la clé de son succès :

  • -Vente à bon poids
  • -Produits de qualité
  • -Marge bénéficiaire réduite
  • -Prix affiché en magasin

Ce sera le début du succursalisme. Il inaugure par la suite, en 1860, la 1ère grande surface sur 2 niveaux à Paris. Après sa mort en 1871, ses héritiers déposent la marque Félix Potin en 1886. Potin devient un entrepreneur novateur qui s’intéresse à la fabrication des produits et à de nouveaux procédés comme la mise en conserve. À l’époque, dans la plupart des épiceries, on ne connaît que le sucre cassé à la main alors que l’opération est déjà mécanisée dans les usines Potin, le produit arrivant ensuite empaqueté au magasin, pesé et marqué au nom de l’entreprise (MDD). Dès lors, les produits manufacturés sont identifiables : Potin fut l’un des 1er fabricants, avec la firme Rivoire et Carnet, à avoir inventé le produit de marque, qu’elle décline sous des noms variés. Les marchandises sont préemballés dans ses usines au lieu d’être reçu en vrac dans les boutiques puis emballés sur place par les épiciers. Ce principe sera repris avec succès aux Etats-Unis par Franklin Winfiel Woolworth et son frère en 1879, année d’ouverture de leur second magasin et donnera naissance à la chaîne de magasin Woolworth’s développant au passage le concept de magasin populaire (magasin à prix unique). En 1996, la société Félix Potin comptait 108 succursales et 10 usines. Le slogan « Félix Potin, on y revient ».

Félix Potin (1820-1871)

Site officiel du sitributeur Félix Potin

Frank Winfield Woolworth (1852-1919)

 

Naissance du 1er grand magasin

Emile Zola s’est inspiré de « Le Bon Marché » dans « Au Bonheur des Dames » affirmant que magasin est une cathédrale de commerce pour un peuple de clients.

Naissance du grand magasin avec « Le Bon Marché ». Un grand magasin est un commerce de détail multi spécialiste proposant à la vente un vaste assortiment de marchandises exposés dans des rayons spécialisés sur une grande surface allant de 2 500 à 92 000 m2. Généralement implanté en centre-ville, il occupe plusieurs étages d’un bâtiment. Le Bon Marché fut fondé en 1838 par les frères Videau.

Jour d'inauguration du Bon Marché

Suite à une courte association, en 1848, Aristide et Marguerite Boucicaut achètent les parts sociales des frères Videau. En 1852, ils se lancent dans la transformation du magasin, développant alors le nouveau concept de grand magasin. L’idée lui est venue suite à l’exposition universelle de 1855, cherchant à recréer l’expérience de profusion de biens qu’il y avait connue. Il a inventé les notions de libre accès pour le consommateur sans obligation d’acheter, le prix fixe déterminé par étiquetage qui élimine le besoin de marchander, un assortiment très étendu, vendu en rayons multiples laissant à la clientèle la possibilité de déambuler et dénicher de bonnes affaires, une mise en scène de la marchandise, une politique de bas prix assise sur une marge de profit réduite, la possibilité de retourner et d’échanger la marchandise insatisfaisante et des soldes à intervalles réguliers.

Marguerite Boucicaut (1816-1911)         Aristide Boucicaut (1810-1877)

                    

Le Bon Marché offrait de nombreux agréments à sa clientèle : ascenseur, livraison à domicile, buffet et journaux gratuits, ballons distribués aux enfants, l’usage de la réclame (affiche, catalogue, vitrine, animation). En 1856, le 1er catalogue de vente par correspondance est lancé. Boucicaut a également inventé le principe de participation aux bénéfices pour ses employés. En 1863, il rachète les autres parts de participation de son associé Paul Videau et reste seul propriétaire de l’affaire. Le Bon Marché va alors rapidement décupler son CA, passant d’un commerce de 4 rayons avec 12 employés à 450 000fr de CA au plus gros magasin du monde avec 1 788 employés. A sa mort, sa femme est allée plus loin offrant au personnel une caisse de prévoyance et des loisirs, tels que des cours de langues et de musique. L’exemple de Boucicaut a rapidement fait école dans le monde. Ses principaux concurrents, notamment Jules Jaluzot, fondateur du Printemps et Marie-Louise Jay, cofondatrice de la Samaritaine, étaient d’anciens employés du Bon Marché.

Le Bon Marché en 1887

 

Naissance du magasin libre service

Principe permettant aux clients de se servir eux-mêmes ou par le biais d’automate de distribution. Ce type de commerce nécessite ainsi moins de personnel qualifié pour servir ses clients mais, ces derniers sont plus enclins à des achats impulsifs avec ce concept. Le 1er self-service ouvrit en 1916 à Memphis par Clarence Saunders nommant cette épicerie le Piggly Wiggly. Saunders n’y propose que des marchandises préemballées et prévendues par la publicité. Il est un des 1er à étiqueter ses articles posés bien en vue sur des étagères et des gondoles, à portée de mains de ses clients. Avec près de 3 000 magasins, il devient en 1929, la 2ème enseigne américaine d’épicerie. À la suite d’un conflit avec ses adhérents, les actions de son entreprise s’effondrent en bourse. Le concept mis ensuite une trentaine d’années pour se développer. Woolworth, par exemple, en réponse à la pression d’un concurrent, ouvrira son 1er magasin self-service aux USA dans les années 1950. En France, Goulet-Turpin ouvre le 1er magasin self-service en 1948 à Montmartre. Le concept est à la base de progrès dans l’informatique et la logistique, des inventions comme les étiquettes autocollantes ou les codes à barres.

Clarence Saunders (1881-1953)

 

Naissance du supermarché

La surface est comprise entre 400 et 2 500 m2. Ces magasins dépouillés sont aménagés dans de vieilles granges, des usines ou des patinoires désaffectées. Les produits sont disposés à même le sol ou sur de simples planches de bois, avec des prix 20 à 50% moins élevés que dans les épiceries traditionnelles. Michæl Cullen est considéré comme le père du supermarché. En 1930, cet ancien employé de Kroger ouvre son 1er supermarché King Kulpe New-York en louant un ancien garage. Il y amasse des tonnes de marchandises avancées par un ami grossiste. Il reprend aussi les stocks que ne parviennent pas à écouler les fabricants, pris à la gorge par la crise économique. Libre-service, présentation sommaire, tout sous le même toit, large choix, publicité dans la presse : les bases du supermarché sont posés. À sa mort en 1936, à 52ans, Cullen exploitait une cinquantaine de supermarchés.

En Belgique, la famille Delhaize inaugure un 1er supermarché self-service de 400 m2 en 1957 à Bruxelles, lequel existe toujours. Tout a dû être importé des Etats-Unis, rayonnages, chariots, caisses enregistreuses. Les 1er clients désientés face au libre-service attendent que l’on viennent s’occuper d’eux. Il faudra plusieurs jours pour les persuader de prendre un chariot et de choisir eux même la marchandise et vaincre leur réticence vis-à-vis de la viande préemballée.

Fondateur de gauche à droite : Jules Delhaize, Jules Vieujant et Edouard Delhaize

1er supermarché belge (1957)

En France, la 1ère ébauche de supermarché est l’œuvre de la Grande Epicerie Bardou à Paris. Cette épicerie a été transformé en supermarché en 1957 par les frères Emile et Henri Bardou.

Les responsables de directions commerciales de grandes enseignes se sont rendus outre-Atlantique pour étudier le modèle des premiers supermarchés. Mais tous se sont accordés à dire qu'il était trop tôt pour importer le concept en France. Pour eux, le taux d'équipement des Français, en réfrigérateurs notamment, était trop faible par rapport à celui des américains. La guerre et le rationnement après la libération ont retardé encore un peu l'émergence des supermarchés. Le libre-service en 1948 est une révolution, mais les enseignes succursalistes se lancent à petit pas. Il faudra attendre 1958 pour que l'aventure commence vraiment. Le 1er véritable supermarché avec parking ouvre donc en 1958 en région parisienne. Il s’agit de l’Express-Marché de l'entreprise Goulet-Turpin avec un répertoire de 2000 références.

Un autre succursaliste, Docks de France, ouvre le 2ème supermarché de l'Hexagone en 1959.

 

Naissance de l’hypermarché

Prolongement du supermarché. L’apparition de l’hypermarché permet des économies d’échelle et donc des prix de vente inférieurs à ceux des surfaces plus petites. Les principales caractéristiques de l’hypermarché sont :

  • -le libre-service
  • -l’usage généralisé du chariot
  • -la présence d’un parking et d’une station-service (prise en compte de la zone de chalandise et de l’usage de l’automobile)
  • -un vaste assortiment alimentaire et non-alimentaire
  • -un taux de marque réduit sur tout l’assortiment : les volumes vendus compensent la marge.

En France, le 1er hypermarché fut créé dans la banlieue parisienne par Carrefour en 1963. Le terme d’hypermarché fut utilisé plus tard, on évoquait plutôt une usine de distribution. Son développement est lié à la démocratisation de l’automobile. En Belgique, Maurice Cauwe met en place, en 1961, la 1ère usine de distribution sous le nom de « Super Bazar ». Ce point de vente sera, plus tard, repris par Carrefour.

1er hypermarché Carrefour

 

Galerie marchande, centre comercial ou shopping centre

Le souci des marchands d’offrir un environnement adéquat aux acheteurs n’est pas récent. En témoignent, dans les pays chauds, les bazars qui abritent du soleil cuisant. Marché ou ensemble de magasins où des biens et des services sont disponibles à la vente. Le souk arabe en est son équivalent. On y trouve aussi bien de l’alimentaire que de l’habillement, des bijoux, des poteries, des épices qui parfument les ruelles, etc..Le bazar contient des boutiques, des ateliers et des habitations. Les archéologues ont trouvé des traces de bazars en Iran (9 000 av JC). L’urbanisation ayant eu lieu en Iran à partir du 4ème millénaire avant notre ère, a permis la croissance économique et l’augmentation des échanges, même avec des lieux lointains. Le Grand Bazar d’Istambul est l’un des plus grands au monde. Il a été fondé par le sultan Mehmet II vers 1461.

Grand Bazar d'Istanbul

Dans les pays froid, les halles, lieu aéré qui améliore la conservation des produits, ont tenu un rôle similaire en abritant les chalands de la pluie et du froid.

Exemple d'un halle en Bretagne àPlouescat dtant du 16ème siècle

L’urbanisation croissante et l’élévation du niveau de vie voit l’émergence d’un nouveau concept au début du 19ème siècle : la galerie marchande. Bâtiment qui comprend, sous un même toit, un ensemble de commerce de détail logés qui abritent les clients des intempérie. Il est conçu pour favoriser et rendre agréable l’acte d’achat (climatisation, escalators, musique d’ambiance, stationnement gratuit, attractions, animations commerciales, etc..). il inclut des grands magasins qui en sont les locomotives. Le 1er passage couvert de Paris, le passage du Caire, date de 1798.

Passage du Caire (Paris)

Au 20ème siècle, l’automobile va bouleverser les modes de vie et les modes d’achat. Le centre commercial est la réponse mercantile aux nouveaux besoins des consommateurs : proximité du stationnement pour charger les courses et facilité d’accès depuis la banlieue. L’innovation commercial passe alors de la vieille Europe aux Etats-Unis intégrant la fonction de parking. Il faut attendre l’après-guerre pour que naisse le mall américain en 1950 par Victor Gruen, un juif viennois. Il commence sa carrière comme architecte de boutique. Gagnant une renommée par son souci de concevoir une vitrine qui attire le client à l’intérieur du magasin, un critique architectural se plaignait que ses boutiques sont comme des attrap-souris.

Victore Gruen (1903-1980)

La bourgeoisie blanche va trouver dans le centre commercial le miroir consumériste de sa prospérité. Les balcons des galeries sont bas pour permettre de voir les boutiques au dessus ou au-dessous. Le parking est doté d’une signalétique qui permet de mémoriser où la voiture est garée. En Europe, les 1ères galeries marchandes apparues dans les années 60, étaient implantées à l’extérieur des agglomérations et équipées de vastes parcs de stationnement pour faciliter leur accès via l’automobile. En France, les centres commerciaux régionaux ont généralement plus de 40 000m2 de surface de vente. Par la suite, ils furent implantés en plein centre-ville à l’occasion d’opérations de réaménagement urbain. Les hypermarchés se sont généralement dotés d’une galerie pour compléter les services proposés. Aujourd’hui, de nombreux centres périphériques français incluent dans leur périmètre de vastes parcs d’activités commerciales constitués de magasins de bricolage, meuble, sport…afin de redonner une cohésion à ces ensembles hétéroclites, souvent construits au fil du temps sans ligne directrice claire, les promoteurs immobiliers développent désormais le concept du retail park (ou urbanisme commercial). De nombreux lieux voués à une seule fonction (transport, culture, etc..), tendent à se rapprocher du modèles des centres commerciaux. Les grands nœuds de communications sont progressivement dotés de vastes surfaces commerciales et ludiques. Ils ne se contentent plus de proposer une offre marchande adaptée aux voyageurs (restauration, presse, services de distribution d’argent, etc…) mais, se transforment en véritables centres commerciaux comme par exempe, les gares de Paris.

 

 

Vocabulaire

Chaîne de magasin

Magasins partageant la même signature et un système de gestion centralisé s’occupant de marketing et d’approvisionnement. Cette formule applique les mêmes pratiques commerciales permettant des économies d’échelle. Le représentant de cette formule commerciale est Wal-Mart. La théorie financière affirme que, pour un produit vendu au même prix qu’un concurrent qui n’applique pas le même système, le bénéfice est supérieur. Ces magasins peuvent être détenus par une société ou par des franchisés, chacun étant lié par contrat à la société mère.

 

Walmartisation

Elle prône un paradigme du capitalisme moderne. Elle se réfère aussi aux habitudes des consommateurs américains. L’enseigne Wal-Mart achète la terre à l’extérieur des villes, où elle est moins chère afin de réaliser la construction à moindre coût. Les consommateurs ont donc besoin d’une voiture et prennent ainsi l’habitude de l’utiliser dans la vie quotidienne. Ceci augmente la nécessité des parkings et des maisons avec garages et provoque une extension géographique des villes. Ce qui résulte encore une dépendance accrue aux voitures. Par conséquent, les petits commerces de proximité disparaissent. Le consommateur prenant l’habitude de faire ses courses chez Wal-Mart. La walmartisation, au sens de la consommation, transforme radicalement les habitudes du consommateur et la structure des villes.

 

Achat en gros

Un grossiste sert d’intermédiaire entre le fournisseur et le distributeur. Lorsqu’il traite en direct avec les fournisseurs, le grossiste devient une centrale d’achat. Le but de cette entreprise est de traiter de gros volumes de marchandises afin de les revendre en petites quantités. Son enjeu est de prendre une marge entre l’achat en gros et la vente en détail. En aucun cas un grossiste ne fait affaire avec le consommateur final. Il sert plutôt de plaque tournante au producteur qui désire s’adresser à un maximum de détaillants spécialisés ou non.

 

Commerce de détail

Le commerce de détail achète des produits auprès d’un fournisseur ou d’un importateur, soit directement ou par l’intermédiaire d’un grossiste. Il revend ensuite à l’unité ou par petite quantité à un client dans un magasin ou par correspondance à l’aide d’un catalogue ou d’un site Internet.

 

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